On entend parler de risques émergents partout : intelligence artificielle, chaleur, nanoparticules, stress. Le mot est devenu une étiquette que l’on colle à tout ce qui inquiète. Pourtant il a une définition précise, et savoir l’utiliser change concrètement ce que vous devez faire dans votre entreprise.

Une définition en une phrase

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, que l’on appelle aussi EU-OSHA, donne la définition de référence. Un risque émergent est tout risque professionnel qui est à la fois nouveau et croissant.

Tout se joue dans le mot « et ». Pas « ou ». Les deux conditions doivent être réunies en même temps. Si une seule l’est, vous avez autre chose, et vous ne devez pas le traiter de la même manière.

Prenons deux exemples qui parlent à n’importe quel chef d’entreprise. Vous introduisez une machine inédite sur trois postes, sans intention de la déployer ailleurs. C’est nouveau, ce n’est pas croissant. Ce n’est donc pas un risque émergent : c’est un risque ordinaire, que vous évaluez comme les autres dans votre document unique. Deuxième cas : les chutes de hauteur augmentent nettement dans votre activité depuis deux ans. C’est croissant, ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas non plus un risque émergent : c’est un problème de prévention que vous n’avez pas réglé.

Trois façons d’être nouveau

Le premier critère, la nouveauté, peut se vérifier de trois manières différentes. C’est là que beaucoup de gens se trompent, parce qu’ils ne pensent qu’à la première.

Premièrement, le danger lui-même est nouveau. Un procédé inédit, une technologie récente, un type de lieu de travail qui n’existait pas, un changement d’organisation. C’est la situation à laquelle on pense spontanément.

Deuxièmement, le regard social a changé. Le problème existait déjà, mais la société a cessé de le considérer comme normal. Les violences sexistes au travail en sont l’illustration la plus claire. Rien n’a bougé dans les ateliers ni dans les bureaux : ce sont nos yeux qui ont changé.

Troisièmement, la connaissance scientifique a progressé. Une étude paraît, une agence publie un avis, une substance est reclassée, et une situation que vous jugiez banale hier devient un risque aujourd’hui. Rien n’a changé chez vous. C’est l’état des connaissances qui a changé. Retenez bien cette troisième porte, car elle a une conséquence juridique directe que nous verrons dans un autre article.

Trois façons de grossir

Le second critère, la croissance, se vérifie lui aussi de trois manières.

Soit le nombre de dangers augmente : vous multipliez les substances, les équipements, les configurations de travail. Soit la probabilité d’exposition augmente : plus de personnes sont exposées, ou pendant plus longtemps, ou plus intensément. Soit les effets sur la santé s’aggravent : les pathologies constatées deviennent plus sévères, ou plus nombreuses. Un seul de ces trois cas suffit, mais il en faut au moins un.

Un exemple qui éclaire tout : le psyllium

Voici une histoire vraie, issue du réseau français de vigilance des pathologies professionnelles.

Un salarié de l’agroalimentaire consulte pour une rhinite qui ne passe pas. Rien d’extraordinaire. Le cas est enregistré par un centre hospitalier spécialisé. Puis un groupe d’experts fait le rapprochement : la substance en cause est la poudre de graines de psyllium.

Or le psyllium est un allergène connu depuis des décennies. Mais il l’était chez les préparateurs en pharmacie, parce que c’est un laxatif courant. Personne ne surveillait les boulangers. Sauf que le psyllium est devenu un substitut du gluten et de l’œuf, très utilisé dans les produits sans allergènes. La substance n’a pas changé d’un gramme. Ce qui a changé, c’est qui la manipule, en quelle quantité, et dans quel métier.

Nouveau par l’exposition, croissant par l’usage. Voilà un risque émergent au sens plein. Si votre grille mentale ne retenait que « nouveau danger », vous passiez à côté.

Pourquoi cette distinction vous fait gagner du temps

Qualifier correctement, ce n’est pas un exercice d’école. Cela détermine ce que vous allez faire, et surtout ce que vous allez dépenser.

Face à un vrai risque émergent, vous manquez de connaissances. Votre action consiste donc à en chercher, à poser des mesures provisoires et à prévoir un réexamen. Cela prend du temps, et c’est normal.

Face à un risque ancien qui augmente, vous ne manquez pas de connaissances. Vous manquez de moyens, de formation ou d’autorité. Demander une étude serait une perte de temps, et votre assureur comme l’inspection du travail vous le feront remarquer.

C’est pour cela qu’appeler « émergent » un problème que vous connaissez déjà est dangereux. Cela ressemble à de la vigilance. C’est en réalité une façon de temporiser, et elle se retourne contre vous en cas d’accident.

Comment l’utiliser dès demain

La prochaine fois qu’un sujet remonte, qu’il vienne d’un salarié, du médecin du travail ou d’une lecture, posez-vous deux questions et écrivez les réponses.

C’est nouveau parce que quoi ? C’est croissant parce que quoi ?

Si vous arrivez à écrire les deux phrases, vous avez un risque émergent et vous savez comment le traiter. Si vous n’arrivez à écrire que la deuxième, vous avez un chantier de prévention à ouvrir tout de suite. Si vous n’arrivez à écrire que la première, vous avez un risque à évaluer normalement. Dans les trois cas, vous savez quoi faire, ce qui est déjà beaucoup.

À RETENIR

  • Un risque émergent est nouveau ET croissant. Les deux, pas l’un ou l’autre.
  • La nouveauté peut venir du danger, du regard social, ou de l’avancée des connaissances scientifiques.
  • La croissance peut venir du nombre de dangers, du nombre de personnes exposées, ou de la gravité des effets.
  • Un risque qui augmente sans être nouveau n’est pas une émergence : c’est une prévention à remettre en ordre.

Écrivez les deux justifications. Si vous n’y arrivez pas, vous n’avez pas affaire à un risque émergent.

POUR ALLER PLUS LOIN

Vous ne savez pas comment qualifier un signal qui vient de remonter dans votre entreprise ? C’est exactement le genre de question que nous traitons en formation, sur vos situations réelles. Écrivez-nous pour en parler.

Similar articles

Scroll to Top