Économie circulaire : 10 idées concrètes pour réduire les déchets et les coûts dans l’entreprise
- Marc Duvollet
- 10 janv.
- 3 min de lecture
L’économie circulaire est souvent présentée comme un concept ambitieux, presque utopique : passer d’un modèle linéaire “extraire, fabriquer, consommer, jeter” à un modèle où les ressources sont utilisées, réutilisées, réparées, recyclées, le plus longtemps possible. Pour de nombreuses entreprises, cela peut sembler très éloigné des préoccupations quotidiennes. Pourtant, derrière ce concept, se cachent des opportunités très concrètes de réduire à la fois les déchets et les coûts. L’économie circulaire n’est pas seulement une question d’image environnementale ; c’est aussi un levier de compétitivité.
Une première piste, souvent sous-exploitée, consiste à mieux connaître ses flux de matières et de déchets. Beaucoup d’entreprises ont une vision approximative de ce qu’elles jettent réellement : quelles quantités, quelles natures de déchets, à quels moments de la production ou des services, à quels coûts. Réaliser un “diagnostic déchets” simple, en s’appuyant sur les factures, les relevés des prestataires, des observations sur le terrain, permet souvent de découvrir des gisements insoupçonnés : emballages inutilisés, rebuts récurrents, consommables surconsommés, pertes lors de certaines étapes.
À partir de ce diagnostic, il devient possible d’identifier des actions ciblées. La réduction à la source est toujours la plus efficace : supprimer un emballage superflu, optimiser les découpes pour réduire les chutes, ajuster les commandes de consommables pour éviter les stocks périmés, revoir certains standards pour limiter le gaspillage. Ces démarches nécessitent souvent une coopération étroite entre les services achats, production, logistique, mais elles peuvent générer rapidement des économies significatives.
La réutilisation interne est une autre voie. Dans certains ateliers, des bacs, palettes, contenants, éléments de protection, sont jetés alors qu’ils pourraient être nettoyés, réparés, remis en circulation. Mettre en place des circuits de réutilisation structurés, avec des responsabilités claires, des points de collecte et des règles simples, évite que ces objets ne deviennent des déchets prématurément. Dans les bureaux, le réemploi de mobilier, de matériel informatique (après reconditionnement), de fournitures peut aussi réduire les achats.
Le réemploi externe ouvre encore d’autres possibilités. Des matériaux, des équipements, des produits devenus obsolètes pour l’entreprise peuvent avoir une seconde vie ailleurs : don à des associations, vente sur des plateformes spécialisées, partenariats avec des structures d’insertion ou d’économie sociale et solidaire, mise en relation avec d’autres entreprises ayant des besoins complémentaires. Ces démarches doivent être encadrées pour respecter les règles de sécurité et de responsabilité, mais elles peuvent transformer une ligne de coût en petite source de valeur, tout en renforçant l’ancrage local.
Le recyclage, souvent mis en avant, intervient en dernier recours, une fois les possibilités de réduction et de réemploi explorées. Il reste cependant un levier important, à condition d’être bien organisé. Mieux trier, mieux stocker, mieux signaler, permet d’améliorer la qualité des flux recyclables, d’augmenter les taux de valorisation, parfois de négocier de meilleures conditions avec les prestataires. L’implication des salariés est ici déterminante : un tri efficace ne se décrète pas ; il se construit par l’information, la simplification (moins de bacs, mais mieux identifiés), le retour d’information sur les résultats.
L’économie circulaire ne se limite pas aux déchets. Elle interroge aussi la conception des produits ou des services. Peut-on concevoir un produit plus facilement réparable, démontable, modulable, dont certaines pièces pourront être remplacées ou réutilisées ? Peut-on proposer des modèles d’affaires basés sur l’usage plutôt que sur la possession (location, service) pour encourager des durées de vie plus longues et une maintenance optimale ? Pour les PME et ETI, ces pistes peuvent sembler lointaines, mais des expérimentations à petite échelle, sur certaines gammes ou segments, sont envisageables.
Les RH ont un rôle intéressant à jouer dans ces démarches. Elles peuvent encourager des projets pilotés par des équipes volontaires, intégrer des objectifs liés à la réduction des déchets dans certains postes, soutenir des initiatives portées par des salariés motivés, organiser des challenges internes sur l’économie circulaire. Elles peuvent aussi mettre en relation des collaborateurs de différents services (production, achats, logistique, RSE) pour co-construire des solutions, plutôt que de laisser chaque direction agir isolément.
Pour les managers de terrain, l’économie circulaire est une occasion de mobiliser leurs équipes autour de projets concrets, visibles, immédiatement utiles. Réduire le gaspillage, ce n’est pas seulement faire un geste pour l’environnement ; c’est aussi améliorer l’efficacité, la propreté, l’organisation des postes, la satisfaction au travail. En impliquant les équipes dans la recherche de solutions, en reconnaissant les idées mises en œuvre, en suivant les résultats (tonnages évités, coûts réduits, recyclage augmenté), ils transforment un concept parfois abstrait en une démarche vivante.
L’économie circulaire n’exige pas, pour démarrer, de grandes déclarations ni de transformations radicales. Elle commence par des questions simples : où gaspille-t-on ? Que jetons-nous qui pourrait être évité, réutilisé, recyclé dans de meilleures conditions ? Qui pourrait bénéficier de ce que nous considérons aujourd’hui comme un déchet ? En y répondant progressivement, avec méthode et créativité, les entreprises découvrent souvent que ce qui profitait jusqu’ici surtout aux bennes et aux prestataires peut se transformer en marge de manœuvre économique et en fierté collective.

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