Sobriété énergétique dans les bâtiments tertiaires et industriels : où se cachent les gains rapides ?
- Marc Duvollet
- 10 janv.
- 3 min de lecture
La flambée des prix de l’énergie, conjuguée aux impératifs climatiques, a remis au premier plan la question de la sobriété énergétique dans les entreprises. Les bâtiments tertiaires (bureaux, commerces, centres de services) et industriels représentent une part importante des consommations : chauffage, climatisation, éclairage, ventilation, process, équipements informatiques. Dans ce contexte, les dirigeants, les services techniques, les RH et les managers sont à la recherche de gains rapides, qui ne nécessitent pas forcément des investissements massifs.
Le premier levier, souvent oublié, est la connaissance. Beaucoup d’entreprises ne disposent pas d’une vision fine de leurs consommations : factures globales, parfois quelques sous-comptages, mais peu de détail sur les postes les plus énergivores. Installer des compteurs ou des systèmes de suivi par zone, par usage (chauffage, ventilation, process), par bâtiment, permet de repérer des anomalies : consommation la nuit ou le week-end, pics inexpliqués, dérives saisonnières. Cet effort initial, parfois modeste, peut déjà révéler des marges d’action faciles : extinction de certains équipements en dehors des heures d’utilisation, programmation plus fine des systèmes, chasse aux veilleuses inutiles.
Sur le chauffage et la climatisation, des réglages plus stricts constituent un autre gisement de sobriété rapide. Passer de 22 à 19 °C en hiver dans les bureaux, limiter la climatisation à des seuils raisonnables en été, éviter les écarts de température excessifs entre l’intérieur et l’extérieur, peuvent générer des économies substantielles sans nuire au confort si cela est bien accompagné. L’important est de communiquer clairement, d’expliquer les raisons, d’associer les salariés à la démarche, plutôt que d’imposer brutalement des consignes qui seront mal vécues. Dans les ateliers ou les zones de production, des solutions locales (chauffage de poste, écrans coupe-vent, isolation ciblée) peuvent compléter des réglages globaux.
L’éclairage est un autre domaine où des gains rapides sont possibles. Le passage à des technologies LED dans les zones encore équipées de luminaires anciens, l’installation de détecteurs de présence dans les circulations, les sanitaires, certaines zones de stockage, la segmentation des circuits pour éviter d’allumer de grandes surfaces inutiles, sont autant d’actions simples. Elles nécessitent parfois un investissement initial, mais les retours sur investissement sont souvent rapides, compte tenu des économies générées.
Dans les bâtiments industriels, l’optimisation des équipements auxiliaires (compresseurs d’air, systèmes de ventilation, pompes) représente un enjeu majeur. Les fuites d’air comprimé, par exemple, sont une source fréquente de gaspillage énergétique. Mettre en place des campagnes régulières de détection et de réparation, sensibiliser les équipes à l’importance de signaler les bruits anormaux, peut réduire significativement les pertes. De même, adapter les horaires de fonctionnement de certaines machines aux besoins réels, éviter les marches à vide prolongées, optimiser les plans de production, contribuent à une meilleure sobriété.
La dimension comportementale joue un rôle clé. Une politique de sobriété purement technique, pilotée depuis un service central, risque de manquer des opportunités. Impliquer les salariés dans la recherche de solutions – par exemple via des défis internes, des groupes d’amélioration, des suggestions récompensées – permet d’identifier des gestes, des habitudes, des pratiques spécifiques à chaque site. Un opérateur qui propose de modifier légèrement une procédure de nettoyage pour réduire la consommation d’eau chaude et d’électricité, un employé qui signale qu’un espace est éclairé inutilement en permanence, peuvent être à l’origine de petites économies cumulatives significatives.
Les RH et les managers ont un rôle d’animation important. Ils peuvent intégrer la sobriété énergétique dans les messages de communication interne, dans les réunions d’équipe, dans les entretiens annuels. Ils peuvent aussi veiller à ce que ces démarches ne se traduisent pas par une simple injonction à “faire des efforts”, sans contreparties ni reconnaissance. Relier la sobriété à la stratégie globale de l’entreprise, à la réduction de sa vulnérabilité aux hausses de coûts, à la préservation de l’emploi, donne du sens à ces changements.
Enfin, il est important de considérer la sobriété énergétique non comme une opération ponctuelle, mais comme un mouvement de fond. Les gains rapides – réglages, extinction des veilles, sensibilisation – peuvent être les premiers étages d’une démarche plus structurée, qui inclura progressivement des investissements plus lourds : rénovation thermique, modernisation d’équipements, récupération de chaleur, intégration de sources d’énergie renouvelable. La clé est de construire une trajectoire, en commençant par les actions à faible coût et à fort impact, puis en planifiant les autres sur plusieurs années.
La sobriété énergétique dans les bâtiments n’est pas synonyme de renoncement au confort ou de retour en arrière. C’est une occasion de repenser la manière dont nous utilisons les ressources, d’identifier des gaspillages, de responsabiliser chacun. Les entreprises qui s’y engagent sérieusement y trouvent non seulement des économies, mais aussi une meilleure maîtrise de leur avenir dans un contexte énergétique incertain.

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