LOI REEN, loi AGEC, loi Climat et Résilience : traduire les obligations environnementales en actions opérationnelles
- Marc Duvollet
- 10 janv.
- 3 min de lecture
Beaucoup d’entreprises vivent les lois environnementales comme un empilement : une contrainte de plus, une ligne de plus dans un plan d’action. En réalité, ces textes (REEN pour le numérique, AGEC pour l’économie circulaire, Climat & Résilience pour l’accélération de la transition) ont un point commun très utile : ils poussent les organisations à transformer des sujets “RSE” en processus concrets, pilotables et auditables. Autrement dit : moins de slogans, plus de mécanique.
La loi REEN (réduction de l’empreinte environnementale du numérique) rappelle une évidence souvent ignorée : la majeure partie de l’impact du numérique vient de la fabrication des équipements et du renouvellement accéléré. La logique opérationnelle est donc d’abord une logique de gestion d’actifs : acheter moins, garder plus longtemps, réparer davantage, et concevoir des services numériques plus sobres.
Dans les entreprises, ça se traduit par des décisions très concrètes : une politique de cycle de vie (durée minimale par type d’équipement), des critères d’achat favorisant réparabilité et reconditionné, des règles de renouvellement réellement appliquées (pas “au feeling”), et un pilotage des usages (stockage, vidéo, pièces jointes, impressions).
Sur les services numériques, l’écoconception devient un levier simple : alléger les pages, limiter le tracking, réduire les appels serveurs inutiles, mesurer l’empreinte et agir sur ce qui pèse vraiment. L’ADEME propose d’ailleurs des repères et ressources pour structurer une démarche de sobriété/écoconception numérique.
La loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire) et ses textes d’application poussent, eux, à passer de “on trie” à “on repense les flux”. L’approche opérationnelle est toujours la même : cartographier les déchets et les produits, sécuriser les filières, réduire à la source, et intégrer la circularité dans l’achat et la conception. Le ministère de la Transition écologique rappelle l’ambition structurante du texte (réduction des déchets, réemploi, recyclage, fin progressive du plastique jetable, etc.).
Concrètement, pour une entreprise, AGEC ne doit pas se limiter à mettre plus de bacs de tri. Il faut aussi traiter les sujets “invisibles” : l’emballage (réduction, réutilisation), la gestion des invendus quand on est concerné, l’information produit lorsque l’on met des produits sur le marché, et la robustesse des preuves (contrats de filières, bordereaux, traçabilité).
Bref : une discipline de gestion, pas une campagne de sensibilisation.
La loi Climat & Résilience, enfin, est un texte “couteau suisse” : mobilité, publicité, consommation, gouvernance, commande publique, etc. Pour les entreprises, deux angles sont particulièrement pratiques. D’abord, la question des allégations environnementales : la loi encadre les messages du type “neutre en carbone” en imposant des conditions de transparence (bilan d’émissions intégrant émissions directes/indirectes, démarche de réduction, etc.).
Ensuite, un ensemble de mesures liées à la transformation des pratiques (mobilité, ZFE selon les territoires, trajectoires sectorielles, etc.), avec une montée en exigences côté achats publics à partir du 21 août 2026, ce qui impacte directement les fournisseurs et sous-traitants qui répondent à des marchés.
Si l’on veut éviter la dispersion, il existe une méthode simple pour “traduire la loi en action”. On commence par identifier, pour chaque texte, les fonctions réellement concernées : REEN touche IT, achats, com/marketing digital, data ; AGEC touche production, achats, logistique, qualité, maintenance, parfois commerce ; Climat & Résilience touche marketing (claims), mobilité, achats, et gouvernance.
Ensuite, on formalise trois choses : les décisions non négociables (ex. politique de renouvellement IT, exigences emballages, règles de communication), les indicateurs de preuve (ex. taux de reconditionné, durée de vie moyenne, taux de valorisation, traçabilité), et un rythme de revue managériale.
La bonne nouvelle, c’est que cette “traduction” est rarement un coût net. Dans beaucoup d’entreprises, elle produit rapidement des gains : moins d’achats d’équipements numériques, moins de déchets, moins de gaspillage d’emballages, moins de risques de non-conformité et de bad buzz sur les claims. La conformité devient alors un bonus : la vraie valeur, c’est la robustesse opérationnelle.

Commentaires