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Intégrer la RSE dans la politique de recrutement et d’onboarding : outils et exemples concrets

On entend souvent que “la RSE doit infuser l’entreprise”. Très bien. Mais si elle n’infuse ni le recrutement, ni l’intégration, ni les premiers mois d’un collaborateur, elle reste un discours. Et c’est précisément là que beaucoup d’organisations se fragilisent : elles affichent des engagements élevés, puis recrutent et onboardent comme si ces engagements n’existaient pas.


La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas besoin de transformer le recrutement en grand oral militant. Intégrer la RSE, ce n’est pas chercher des candidats “parfaits”, ni exiger une sensibilité écologique hors norme. C’est beaucoup plus concret : c’est s’assurer que, dans chaque poste, les décisions du quotidien prennent en compte les impacts sociaux, environnementaux et HSE. En clair : si la RSE est une manière de décider, elle doit être visible dès la première interaction entre l’entreprise et le candidat.


Le premier levier, étonnamment, n’est pas l’offre d’emploi. C’est la définition du poste. Tant qu’une fiche de poste ne dit que “atteindre les objectifs” et “piloter la performance”, le candidat comprend une chose : la RSE est périphérique. À l’inverse, une fiche de poste crédible rend explicite ce qui est attendu en matière de prévention, de qualité de travail, de sobriété, de conformité et d’éthique des arbitrages. Pas en ajoutant trois lignes génériques, mais en traduisant les enjeux en responsabilités. Par exemple : “Ce rôle doit sécuriser l’atteinte des objectifs sans dégrader les conditions de travail, et contribue à réduire les incidents, la non-qualité et les gaspillages.” Quand cette phrase existe, le manager et les RH se sentent autorisés — et même obligés — à recruter sur autre chose que la seule compétence technique.


Vient ensuite l’annonce. La plupart des entreprises écrivent “entreprise engagée” ou “valeurs fortes”, puis s’étonnent que cela sonne creux. Ce qui change tout, c’est le passage du slogan à la preuve. Une annonce qui dit : “sur ce poste, vous participerez aux revues mensuelles HSE/QVCT, et vous piloterez un mini-plan d’amélioration sur votre périmètre dès le premier trimestre” envoie un signal radicalement différent. Le candidat comprend que l’entreprise a une colonne vertébrale, pas seulement une vitrine.


Le cœur du dispositif, ensuite, c’est l’entretien. Ici, la meilleure approche est simple : arrêter d’évaluer des opinions (“êtes-vous sensible à la RSE ?”) et évaluer des comportements (“comment arbitrez-vous quand il y a tension ?”). Les questions les plus utiles sont celles qui obligent à raconter une situation réelle : un conflit de priorités, une dérive sécurité, une charge de travail impossible, un standard contourné, un fournisseur non conforme, une pression délai. Ce n’est pas l’engagement moral qui est testé, c’est la capacité à décider de façon responsable. Dans les métiers d’encadrement, une micro-étude de cas fait souvent des miracles : dix minutes suffisent pour observer si la personne cherche d’abord à “tenir le délai”, ou si elle sait stabiliser la situation, protéger les personnes, comprendre les causes et reconstruire un cadre robuste.


Mais intégrer la RSE ne doit pas dépendre du talent individuel du recruteur. C’est là qu’intervient un outil très banal, et très puissant : une grille d’évaluation courte, commune et traçable. Deux ou trois critères “techniques”, et quatre ou cinq critères transverses orientés décision et prévention (gestion des risques, coopération, sobriété/efficacité, capacité à dire non, attention au réel). Le but n’est pas de créer une usine à gaz : c’est d’éviter le recrutement “au feeling” et d’aligner RH et managers sur ce qu’ils valorisent réellement.


Ensuite vient le moment souvent sous-estimé : l’onboarding. La plupart des entreprises l’organisent comme un parcours administratif et culturel : badge, organigramme, powerpoint, déjeuner d’équipe, e-learning obligatoire. Or, si l’entreprise veut être crédible, l’onboarding doit aussi être un parcours “RSE/HSE en situation”. Cela signifie une immersion terrain, une présentation très concrète des risques et des règles vitales, une lecture opérationnelle du DUER/plan de prévention du périmètre, et une rencontre rapide avec celles et ceux qui portent les sujets au quotidien (HSE, RH, maintenance, représentants du personnel, référents qualité). L’objectif n’est pas de noyer le nouvel arrivant sous la réglementation, mais de lui faire comprendre ce qui est non négociable, ce qui est fragile, et où l’entreprise attend de lui de la vigilance.


Le meilleur onboarding, enfin, est celui qui se transforme en action. Une pratique simple consiste à demander au nouvel arrivant, dans ses 60 à 90 premiers jours, de conduire un micro-chantier d’amélioration : un irritant de travail, un risque récurrent, un gaspillage, une incohérence de process, une interface mal gérée. Ce micro-chantier sert trois choses : il donne de l’autonomie, il produit une amélioration visible, et il montre que la RSE est une dynamique, pas un discours.


Au final, les indicateurs les plus utiles ne sont pas ceux de “marque employeur”. Ce sont des indicateurs de réalité : rétention à 6/12 mois, temps d’autonomie, qualité de l’intégration, perception de la charge, fréquence des alertes terrain. Quand ces indicateurs progressent, la marque employeur suit naturellement — parce qu’elle devient le reflet d’une expérience vécue.

 
 
 

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