Gestion de l’eau, des déchets, de l’énergie : impliquer les salariés au quotidien sans tomber dans le greenwashing
- Marc Duvollet
- 10 janv.
- 3 min de lecture
Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à vouloir mobiliser leurs salariés autour de gestes quotidiens en matière d’eau, de déchets et d’énergie. Affiches “éteignez la lumière en sortant”, campagnes de sensibilisation au tri, challenges internes pour réduire la consommation de papier, opérations ponctuelles sur la journée mondiale de l’environnement… Ces initiatives sont bien intentionnées, mais elles peuvent être perçues comme du greenwashing si elles ne s’inscrivent pas dans une stratégie plus large, cohérente, portée aussi par des décisions structurantes au niveau de la direction.
Pour impliquer réellement les salariés, il est indispensable de traiter ces sujets à deux niveaux : celui des gestes individuels et celui des choix organisationnels. Demander aux collaborateurs de faire attention à l’eau du robinet, tout en laissant des fuites se prolonger pendant des semaines, crée une dissonance. Encourager à trier les déchets, mais ne pas mettre à disposition des bacs adaptés, ou mélanger ensuite les flux collectés, mine la crédibilité de la démarche. Appeler à réduire la consommation d’énergie, tout en maintenant des bâtiments mal isolés, des équipements obsolètes, ou un éclairage superflu, nourrit le scepticisme.
Le point de départ consiste donc à clarifier les engagements de l’entreprise en matière de ressources. Quels objectifs s’est-elle fixés en termes de réduction de consommation d’eau, de diminution et de valorisation des déchets, d’efficacité énergétique ? Quels projets concrets sont planifiés – rénovation de bâtiments, modernisation d’équipements, changement de prestataires déchets, installation de systèmes de récupération ? Communiquer sur ces éléments, en expliquant les contraintes, les marges de manœuvre, les choix d’investissement, montre que l’on ne se contente pas de demander aux salariés de “faire leur part” : l’organisation prend elle aussi ses responsabilités.
Une fois ce cadre posé, l’implication quotidienne des collaborateurs prend un autre sens. Ils deviennent des partenaires dans une démarche globale, et non des exécutants sommés de compenser les insuffisances structurelles. Les campagnes de sensibilisation peuvent alors se concentrer sur des gestes réellement utiles : fermeture des robinets, signalement des fuites, tri correct des déchets selon les filières réellement en place, extinction des appareils non indispensables, utilisation réfléchie de la climatisation, limitation du gaspillage alimentaire dans les restaurants d’entreprise.
La pédagogie est essentielle. Plutôt que de se contenter de slogans, il est utile d’expliquer l’impact concret de certains gestes : combien de litres d’eau économisés par la détection et la réparation rapide d’une fuite, combien de CO₂ évité par la réduction de telle ou telle consommation, quel coût représente pour l’entreprise l’élimination de déchets mal triés. Ces chiffres, lorsqu’ils sont présentés de manière simple, illustrés, permettent aux salariés de comprendre que leurs actions ont un effet réel, même s’il est modeste à l’échelle individuelle.
La participation active des équipes est un autre levier puissant. Plutôt que de décider d’en haut les actions à mener, il est possible d’organiser des ateliers, des groupes d’amélioration, des audits participatifs sur certains sites. Les collaborateurs peuvent alors proposer eux-mêmes des idées de réduction de consommation, de meilleure organisation du tri, de simplification des consignes. Beaucoup de solutions pragmatiques naissent de cette intelligence collective : repositionnement de bacs, ajustement d’horaires de nettoyage, suppression de consommables superflus, modification de pratiques routinières.
Les RH et les managers ont un rôle clé dans l’ancrage de ces démarches. Ils peuvent intégrer ces sujets dans les discussions d’équipe, dans les entretiens, dans les programmes d’intégration des nouveaux arrivants. Ils doivent aussi rester vigilants à l’équité : éviter que certaines catégories de personnel soient les seules sollicitées (“les opérationnels doivent faire des efforts”) tandis que d’autres en seraient exemptées. Une démarche crédible implique tout le monde, du terrain au siège, en passant par les fonctions support et la direction.
Enfin, l’authenticité est le meilleur antidote au greenwashing. Reconnaître que l’entreprise n’est pas parfaite, qu’elle a encore des progrès à faire, qu’elle ne peut pas tout transformer du jour au lendemain, mais qu’elle s’engage dans une trajectoire, inspire davantage confiance que des discours triomphalistes déconnectés du vécu. Partager régulièrement des bilans – ce qui a été réussi, ce qui a été plus difficile, ce qui est reporté – montre que l’on prend au sérieux ces sujets. Valoriser les initiatives issues du terrain, remercier publiquement ceux qui s’impliquent, renforce le sentiment que la participation de chacun compte.
Impliquer les salariés dans la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie n’est donc pas une opération de communication. C’est un travail de fond, qui demande de la cohérence, de la transparence, de l’écoute. Lorsqu’il est mené avec sincérité, il peut devenir un formidable vecteur de mobilisation, de fierté et de transformation concrète des pratiques au quotidien.

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