Document unique (DUER/DUERP) : comment en faire un outil de pilotage, et pas un fichier oublié ?
- Marc Duvollet
- 10 janv.
- 3 min de lecture
Dans de nombreuses entreprises, le DUERP existe… quelque part. Un fichier, une arborescence, une version “à jour” à la date d’un audit, puis silence radio. Ce scénario est fréquent, et il ne dit pas que les entreprises s’en fichent. Il dit plutôt une chose : le DUERP est trop souvent traité comme un document de conformité, alors qu’il devrait être traité comme un système de pilotage.
Rappelons d’abord ce qu’il est : le DUERP formalise l’évaluation des risques professionnels et sert de base à la démarche de prévention. Il ne s’agit pas uniquement d’identifier des dangers, mais aussi de prioriser et d’organiser des actions de prévention. Et depuis les évolutions récentes, il doit notamment intégrer la prise en compte de certains aspects de l’organisation du travail, ce qui renforce encore son lien naturel avec la QVCT.
Un DUERP “qui pilote” repose sur une idée simple : il doit coller au travail réel. La première dérive classique, c’est de définir des unités de travail trop abstraites (“production”, “administratif”) ou trop théoriques. À l’inverse, un DUERP utile découpe le terrain de façon praticable : une équipe, un atelier, un type d’intervention, une tournée, une activité récurrente. C’est à ce niveau qu’on peut observer les expositions, comprendre les contournements, repérer les interfaces et identifier des mesures adaptées.
La deuxième dérive, c’est l’inventaire sans hiérarchie. Un DUERP qui liste cinquante risques “moyens” finit par neutraliser la prévention : tout se vaut, donc rien n’avance. La hiérarchisation n’est pas un détail méthodologique, c’est un acte de management. Elle oblige à dire : quels sont nos risques majeurs ? lesquels sont fréquents ? lesquels ont des conséquences graves ? lesquels sont en dérive ? Et surtout : sur quoi met-on des moyens cette année ?
À partir de là, le DUERP doit produire ce que la réglementation attend : pour certaines entreprises, un programme annuel de prévention ; pour d’autres, des actions de prévention adaptées à leur taille. Mais la différence entre un DUERP “papier” et un DUERP “outil” tient à une chose : la qualité du plan d’actions. Un plan d’actions utile ressemble à un plan de projet : un responsable, une échéance réaliste, une ressource, un critère de réussite, et un arbitrage explicite quand ça bloque. À défaut, on obtient une liste de bonnes intentions — et, au fond, c’est ce que beaucoup d’équipes terrain reprochent au DUERP.
Le troisième point, souvent négligé, c’est le rythme. Un DUERP n’est pas “vivant” parce qu’on le met à jour. Il est vivant parce qu’il est revu. On peut faire très simple : une revue mensuelle ou bimestrielle, courte, qui relie événements et actions. Qu’est-ce qui s’est passé (accidents, presqu’accidents, alertes, irritants) ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce qu’on décide ? Qu’est-ce qu’on reporte et pourquoi ? Dès qu’on installe ce rituel, le DUERP change de statut : il devient un tableau de bord de risques, pas un fichier de plus.
Enfin, il faut se souvenir que le DUERP n’est pas isolé : il doit circuler. En France, l’employeur doit notamment le transmettre au service de prévention et de santé au travail (SPST) à chaque mise à jour, ce qui est un excellent levier pour structurer l’échange sur les risques et les actions. Sur le plan juridique, la référence est clairement posée dans le Code du travail.
Quand on assemble ces éléments — découpage réaliste, hiérarchisation assumée, plan d’actions piloté, rituel de revue, circulation et preuve — le DUERP devient ce qu’il aurait toujours dû être : une façon simple de relier le terrain aux décisions et de transformer la prévention en performance durable.

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