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Culture sécurité : comment passer du respect des consignes à l’adhésion réelle des équipes ?

Dans de nombreuses entreprises, la sécurité est encore abordée sous l’angle principal des règles à respecter. On diffuse des procédures, on affiche des consignes, on organise des causeries sécurité, on rappelle régulièrement les équipements obligatoires. Pourtant, sur le terrain, les écarts persistent : consignes ignorées, raccourcis pris “pour aller plus vite”, habitudes ancrées de longue date, résistance à certaines nouvelles mesures. Entre la norme prescrite et le travail réel, l’écart est parfois considérable. C’est là que la notion de “culture sécurité” prend tout son sens : il ne s’agit plus seulement de faire connaître les règles, mais d’obtenir une adhésion réelle, durable, à l’idée que la sécurité fait partie intégrante du métier.


Une culture sécurité forte se caractérise par quelques traits récurrents. D’abord, la sécurité y est considérée comme une valeur partagée, et pas uniquement comme une obligation. Les collaborateurs, à tous les niveaux, estiment normal de s’arrêter lorsqu’une situation apparaît dangereuse, de refuser un travail qu’ils jugent trop risqué, de signaler un presque-accident. Ils se sentent autorisés à le faire, sans craindre de représailles ou de remarques du type “on n’a pas le temps pour ça”. Ils perçoivent également que la direction prend ces sujets au sérieux, non seulement dans ses discours, mais aussi dans ses décisions et ses arbitrages.


Passer du respect minimal des consignes à cette adhésion nécessite de travailler simultanément sur plusieurs dimensions. La première est celle de l’exemplarité managériale. Il est illusoire d’espérer que les opérateurs portent systématiquement leurs EPI ou respectent un protocole si les managers eux-mêmes prennent des raccourcis, négligent certaines règles, ou ne se conforment pas aux mêmes exigences. Un manager qui entre dans un atelier sans casque ni lunettes envoie un message très clair : au fond, ces équipements sont facultatifs. À l’inverse, un manager qui se conforme scrupuleusement aux règles, qui accepte qu’on les lui rappelle, qui explique le sens de ces exigences, contribue puissamment à légitimer la démarche.


La deuxième dimension est celle du sens. Beaucoup de salariés ont du mal à comprendre pourquoi telle règle existe, surtout si elle leur complique le travail ou rallonge certaines opérations. Lorsque les consignes sont perçues comme déconnectées du réel, arbitraires, ou uniquement dictées “par les assurances” ou “pour l’audit”, la tentation est forte de les contourner. Il est donc essentiel de prendre le temps d’expliquer d’où viennent les exigences : quels accidents, parfois graves, ont conduit à les établir ; quels risques précis elles permettent de réduire ; quelles alternatives ont été étudiées. Partager des retours d’expérience, des récits concrets, est souvent plus parlant qu’un rappel abstrait de la réglementation.


La participation des équipes à l’élaboration ou à l’adaptation des règles joue également un rôle déterminant. imposer des procédures conçues loin du terrain, sans les tester ni les discuter avec ceux qui les appliqueront, est le meilleur moyen de créer du rejet. À l’inverse, impliquer des opérateurs dans l’analyse de situations de travail, les associer à la recherche de solutions, tester avec eux différents dispositifs avant de les généraliser, permet de concilier sécurité et efficacité. Cette co-construction ne signifie pas que toutes les demandes du terrain seront satisfaites, mais elle permet souvent de trouver des compromis intelligents, plus faciles à accepter.


Le traitement des écarts et des incidents constitue un autre révélateur de la culture sécurité. Dans une organisation où chaque manquement est immédiatement sanctionné, sans chercher à comprendre les causes, les salariés apprennent vite à se taire. Ils cachent les quasi-accidents, ils minimisent les incidents, ils évitent de remonter les difficultés. Dans une culture plus mature, on distingue la faute délibérée d’une erreur liée à une situation mal anticipée, à un manque de formation, à une consigne ambiguë. On s’intéresse alors au “pourquoi” plutôt qu’au seul “qui”, on analyse les causes profondes, on cherche à améliorer le système plutôt qu’à stigmatiser une personne.


Les rituels jouent aussi un rôle dans l’ancrage d’une culture sécurité. Des séquences régulières comme le “quart d’heure sécurité” en début de poste, les visites de terrain des managers, les revues d’incidents avec les équipes, les journées ou semaines dédiées à la sécurité, contribuent à maintenir le sujet vivant. Mais ces rituels ne doivent pas tourner au formalisme. Un quart d’heure sécurité où l’on lit un document sans échange, une visite où l’on se contente de cocher des cases, une journée “sécurité” vécue comme une parenthèse sans suite, peuvent même générer du cynisme. L’enjeu est de favoriser de vrais échanges, où chacun peut s’exprimer, poser des questions, proposer des idées.


Enfin, la reconnaissance des comportements sûrs est un levier fréquemment négligé. Beaucoup d’entreprises sont promptes à rappeler ce qui ne va pas, mais oublient de valoriser ce qui va bien. Mettre en avant une équipe qui a pris une bonne décision face à une situation dangereuse, remercier publiquement un salarié qui a remonté un risque sérieux, raconter une histoire où la vigilance d’un collègue a évité un accident, sont autant de moyens de montrer concrètement ce que l’on attend. Il ne s’agit pas de distribuer des primes à chaque geste de prudence, mais de créer un climat où ces comportements sont reconnus comme la norme, et non comme des exceptions.


Construire une culture sécurité est un travail de long terme, qui ne se résume pas à un plan d’actions ponctuel. C’est une transformation progressive, qui touche les valeurs, les habitudes, les réflexes. Les dirigeants, les RH, les équipes HSE et les managers de proximité y ont chacun un rôle à jouer. Mais la récompense est à la hauteur : des équipes plus protégées, une meilleure confiance, moins d’accidents, moins de coûts cachés, et une entreprise perçue, en interne comme en externe, comme un employeur responsable.

 
 
 

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