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CSRD, taxonomie, reporting extra-financier : conséquences concrètes pour les RH et managers

Pendant longtemps, le reporting extra-financier a été perçu comme un exercice de communication et de consolidation. Depuis la CSRD, le niveau d’exigence change d’échelle : on attend des organisations qu’elles produisent des informations durables plus structurées, plus comparables, et surtout plus “auditables”. Dans les entreprises, cela crée un choc culturel : ce n’est plus “un rapport de plus”, c’est une transformation de la manière dont on gouverne la donnée ESG.


Pour les RH et les managers, la première conséquence est simple : une part significative des informations demandées touche au social, au travail, à la santé-sécurité, aux compétences, à l’égalité, au dialogue social et à la chaîne de valeur. Autrement dit, les RH ne sont pas “contributeurs secondaires” ; ils deviennent l’un des moteurs de la fiabilité du dispositif. Et les managers deviennent un maillon essentiel, parce qu’une partie de la donnée se fabrique dans les routines opérationnelles : formations, habilitations, accidents, presqu’accidents, entretiens, mobilité, charge, turnover, plans d’actions.


La deuxième conséquence est l’entrée du reporting dans une logique “contrôle interne”. Concrètement, cela veut dire qu’on ne peut plus se contenter d’un chiffre “sorti d’un tableur local”. Il faut des définitions communes, des règles de calcul stabilisées, une traçabilité des sources, et des contrôles de cohérence. Beaucoup d’entreprises vont devoir harmoniser des notions pourtant basiques : qu’est-ce qu’un accident “enregistrable” ? comment compte-t-on une heure de formation ? comment définit-on un départ volontaire ? quelle population est couverte par quel dispositif ? Tant que ces définitions varient d’un site à l’autre, le reporting devient un enfer… et la crédibilité s’effondre.


La troisième conséquence, plus stratégique, tient à l’évolution du cadre européen. Au 10 janvier 2026, une étape importante est déjà actée : la directive dite “stop-the-clock” a été adoptée en 2025 (directive (UE) 2025/794), repoussant certaines dates d’application de plusieurs obligations liées au reporting de durabilité et au devoir de vigilance, afin de donner de la visibilité aux entreprises.  Et en parallèle, le “paquet Omnibus” de simplification a alimenté des discussions et propositions visant à réduire le périmètre et la charge administrative, avec des arbitrages politiques encore en débat fin 2025.


Qu’est-ce que cela change pour les RH et les managers ? Une chose essentielle : il ne faut pas piloter le sujet comme une course au calendrier, mais comme une montée en maturité. Même si les échéances bougent, les fondamentaux restent : capacité à produire une donnée robuste, capacité à expliquer les écarts, capacité à démontrer l’efficacité des politiques, et capacité à gouverner des plans d’amélioration. Les entreprises qui attendent une “stabilisation parfaite” du cadre prennent un risque : celui de se retrouver à improviser sous contrainte, avec des chiffres fragiles.


Dans la pratique, on voit émerger une approche efficace : construire une “tour de contrôle” RH/ESG. Cela commence par une cartographie des données sociales utiles, l’identification des outils sources (SIRH, LMS, systèmes HSE, qualité, achats), puis la mise en place d’un dictionnaire de données commun. Ensuite, on définit des contrôles simples : cohérence d’une année sur l’autre, rapprochement avec la paie, explication des variations, justification documentaire. Enfin, on met en place un rythme : une revue trimestrielle des données et des plans d’action, et une revue annuelle plus profonde liée à la matérialité et aux risques.


Côté managers, le message doit être pragmatique : on ne leur demande pas “plus de reporting”. On leur demande de mieux sécuriser quelques routines critiques. Si une habilitation n’est pas tracée, ce n’est pas qu’un problème “reporting”, c’est un problème de maîtrise opérationnelle. Si un presqu’accident n’est pas remonté, ce n’est pas qu’un problème de KPI, c’est un problème de prévention. Le reporting ne crée pas la réalité ; il rend visible la robustesse (ou la fragilité) de l’organisation.


Au fond, la CSRD et l’écosystème associé poussent les RH et les managers vers une même exigence : passer du déclaratif au démontrable. Moins de slogans, plus de preuves. Moins d’intentions, plus de systèmes. Et si l’on aborde le sujet ainsi, le reporting cesse d’être un fardeau : il devient un levier de pilotage, de cohérence et de transformation.

 
 
 

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