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Comment piloter la performance HSE-RSE avec des indicateurs simples et parlants pour les dirigeants ?

Les démarches HSE et RSE souffrent souvent d’un paradoxe : elles produisent énormément de données, mais peinent à raconter une histoire claire aux dirigeants. D’un côté, les équipes QHSE et RSE accumulent des tableaux de bord détaillés, des relevés d’incidents, des rapports d’audits, des inventaires de déchets, des bilans carbone, des enquêtes de climat social. De l’autre, les membres du COMEX et des CODIR, saturés d’informations, peinent à dégager quelques repères simples pour orienter leurs décisions. Il en résulte parfois une forme de frustration : malgré l’énergie investie, les sujets HSE-RSE restent perçus comme techniques, secondaires, difficiles à appréhender.


Piloter la performance HSE-RSE, c’est d’abord accepter l’idée qu’il n’existe pas d’indicateur miracle. Aucun chiffre ne pourra, à lui seul, résumer la complexité de la santé-sécurité au travail, du climat social ou des impacts environnementaux. En revanche, il est possible de construire un petit ensemble d’indicateurs “phares”, choisis avec soin, capables de parler à la fois aux spécialistes et aux dirigeants. La première exigence, pour cela, est de lier ces indicateurs aux enjeux considérés comme prioritaires pour l’entreprise. Une organisation très exposée aux risques d’accidents graves n’aura pas le même tableau de bord qu’une entreprise de services confrontée à une forte montée des risques psychosociaux.


En matière de santé-sécurité, les indicateurs traditionnels – taux de fréquence, taux de gravité, nombre d’accidents avec arrêt, jours perdus – conservent leur utilité, à condition d’être correctement expliqués. Un COMEX ne peut pas se contenter de suivre passivement la courbe d’un taux de fréquence sans comprendre les événements sous-jacents, les secteurs les plus exposés, la nature des accidents. Mais ces indicateurs “a posteriori” doivent être complétés par des indicateurs plus proactifs : nombre de visites sécurité réalisées par les managers, volume d’actions de prévention mises en œuvre, pourcentage de collaborateurs formés à la sécurité, niveau de traitement des situations dangereuses signalées. Ces éléments permettent de piloter non seulement les résultats, mais aussi les efforts engagés pour les améliorer.


Sur le volet social et RH, un tableau de bord de gouvernance gagnera à combiner des données quantitatives et qualitatives. Le taux d’absentéisme, le turnover, l’ancienneté moyenne, les résultats des enquêtes d’engagement ou de satisfaction, les indicateurs d’égalité professionnelle, les remontées liées aux risques psychosociaux donnent des signaux précieux sur l’état du collectif de travail. Mais ici encore, il est utile de suivre des indicateurs d’action : pourcentage de managers formés au management responsable, nombre de revues de charge de travail réalisées, existence et utilisation de dispositifs d’écoute ou d’alerte, niveau de déploiement des accords QVCT. Ces données permettent d’objectiver les efforts consentis et d’ouvrir des discussions concrètes au sein des instances de pilotage.


Du côté environnemental, la montée en puissance des bilans carbone, des plans de transition énergétique, des exigences de reporting extra-financier pousse les entreprises à se doter d’indicateurs de plus en plus sophistiqués. Là encore, il est crucial de sélectionner, pour les dirigeants, quelques repères lisibles : volume total d’émissions de gaz à effet de serre et trajectoire de réduction, consommation d’énergie par unité produite ou par mètre carré, volume de déchets produits et part valorisée, consommation d’eau sur les sites les plus critiques. L’objectif n’est pas de transformer un comité de direction en commission d’experts en comptabilité carbone, mais de lui permettre de visualiser la direction prise et l’écart par rapport aux engagements affichés.

La difficulté, pour beaucoup d’organisations, réside dans la dispersion des données. Les indicateurs HSE se trouvent parfois dans un système, les données RH dans un autre, les informations environnementales dans un troisième, sans parler des outils des prestataires ou des filiales. Construire un véritable pilotage HSE-RSE suppose donc un minimum d’intégration : rassembler les indicateurs clés dans un document commun présenté régulièrement aux instances de gouvernance, voire dans un tableau de bord numérique partagé. Ce travail d’agrégation demande des efforts initiaux, mais il simplifie considérablement la vie des dirigeants, qui peuvent ainsi relier des tendances entre elles : par exemple, l’évolution de la sinistralité et le climat social, ou les progrès environnementaux et certains investissements réalisés.


La manière de présenter ces indicateurs compte autant que leur choix. Un tableau de bord saturé de chiffres, sans hiérarchie visuelle, découragera rapidement la lecture. À l’inverse, un support qui met en avant quelques graphiques clairs, des tendances dans le temps, des seuils d’alerte, des commentaires synthétiques, facilitera la prise de décision. Il est souvent utile de distinguer, dans la présentation, ce qui relève d’une évolution structurelle (par exemple la baisse progressive d’un taux d’accidents sur plusieurs années) de ce qui est conjoncturel (un incident ponctuel, un pic d’absentéisme lié à une épidémie).


Pour que ces indicateurs soient vraiment “parlants”, ils doivent être mis en perspective. Un taux d’accidents donné n’a pas la même signification selon qu’il se situe au-dessus ou au-dessous de la moyenne sectorielle, selon qu’il augmente après une longue période de baisse, ou qu’il se stabilise malgré une forte croissance de l’activité. De même, une réduction d’émissions de CO₂ n’a pas la même portée si elle résulte d’un effet d’aubaine (ralentissement économique, externalisation d’activités) ou d’un effort volontaire (investissements, changements de pratiques, innovations). Le rôle des experts HSE-RSE est donc d’accompagner les chiffres d’une analyse accessible, qui aide les dirigeants à comprendre les causes et les leviers d’action.


Les RH et les managers ont un rôle clé dans l’appropriation de ces indicateurs. Les premiers doivent s’assurer que les données sociales sont fiables, régulièrement mises à jour, partagées avec transparence. Ils peuvent aussi contribuer à définir quelques indicateurs communs à l’ensemble des managers (par exemple un objectif de réduction de l’absentéisme ou de diffusion de formations sécurité), afin de créer un langage partagé autour de la performance sociale. Les seconds sont, eux, en position d’expliquer ces indicateurs à leurs équipes, de les relier à des actions concrètes, de montrer en quoi chacun peut agir sur la trajectoire.


Au fond, piloter la performance HSE-RSE avec des indicateurs simples n’est pas qu’un enjeu de reporting. C’est un levier de transformation culturelle : en mettant régulièrement sur la table les questions de santé, de sécurité, d’environnement, de climat social, au même titre que celles de chiffres d’affaires, de marges ou de productivité, l’entreprise rappelle que sa performance ne se résume pas à ses résultats financiers. Elle affirme qu’une activité n’est vraiment performante que si elle est durable, sûre et responsable.

 
 
 

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